Date: Lundi 22 novembre.
Lieu :TGV Nice/Paris
Musique: Gainsbourg, l’intégral en aléatoire.
Contexte: retour d’un week-end à Nice, durant lequel l’association « Prête-moi ta gomme », dont je suis fièrement marraine, rendait visite à l’école Rosalind Rancher à Nice.
Je vous explique vite fait la mission de cette assos’, parce que sinon je ferais une bien piètre marraine…
Alors voilà, « prête moi ta gomme » s’incarne en la personne de Nicolas, Sarah, Tanya et Alexandre, qui eux, prêtent leurs mains et leur temps à des écoles dans des pays sous-développés. En quelques mots, et pour être plus précise, ils organisent un partenariat entre une école française, (qui n’est autre cette année que mon école primaire à Nice), et une école au Togo.
Ils récoltent donc toute sorte de matériel scolaire neuf ou légèrement usager qui sera affrété en fin d’année scolaire dans l’école choisie. Cette jolie mission est accessoirement filmée pour pouvoir rendre compte du travail fourni/de la joie suscitée dans ces écoles respectives, et, pourquoi pas, pour en faire un petit docu bien sympathique.
Vendredi, cette fine équipe est donc allée, pour expliquer le déroulement des opérations, faire le tour des classes de cette école chère à mon coeur. J’y ai quand même, chronologiquement, pour la première fois fais pipi dans ma culotte, sans en faire état à la maîtresse, évidemment. Ceci induit donc, à peine entrée chez les bleus, mon 1er souvenir de moment de solitude. Souvenir d’autant plus douloureux que cette petite flaque s’étendant sous mon pupitre, fut montrée du doigt par cette blondasse-pétasse-sûrement-aujourd’hui-bonnasse-de-Claire L. Mais j’y ai aussi vécu ma première relation passionnelle avec un homme, Julien S. en l’occurrence, (encore une histoire de culotte que je vous épargne), mes premiers échecs amoureux avec le fameux Mickaël V., simultanément fan de Mickaël Jackson et d’André Agassi, associant ainsi admirablement jean’s neige moulant, perfecto et bandeau de tennis jaune fluo. Une révolution ce mec, et autant vous dire qu’on était nombreuses sur le coup, notamment une certaine blondasse-pétasse-sûrement-aujourd’hui-bonnasse-de-Claire L.
Bref, pour l’occasion, je m’étais permise de composer une chansonnette, qui s’appelait de façon intuitive, inspirée et surprenante « prête-moi ta gomme », et dont je vous ferai part peut-être un jour si vous êtes chanceux. En attendant, du CP au CM2, tous les élèves l’ont apprise, de gré ou de force, avec entrain ou nonchalance, ce qui nous a donné un final dans la cour de récré à 15h30 assez impressionnant. Pour ceux qui ne me croiraient pas, je promets d’apporter la preuve vidéo de cet évènement.
Je suis repartie avec le sourire jusqu’aux oreilles, c’est le cas de le dire, mais aussi avec une cinquantaine de dessins, représentant le plus souvent une maison avec des fenêtres sur-dimensionnées, et une femme se tenant sur le toit, armée d’une guitare, apparemment prête a s’envoler avec des oiseaux en forme « V ». Dessins plus ou moins appliqués, selon la classe, le degré d’amour pour moi, qui découlait du degré de ma notoriété au sein de leur famille. Certains avaient apporté le CD de leur mère à dédicacer et connaissaient par cœur la liste ou Ciao Bella (ce qui me semblait être la moindre des choses…). D’autres se demandaient qui était cette grande et magnifique très jeune fille au corps de déesse (oui les enfants voient tout d’un oeil positif…très positif…). Enfin, certains me posaient des questions étranges, du genre « hey, t’es une star? » (ça se voit pas?), « t’es riche? » (je prends 5 taxi par jour…je suppose que oui), »tu veux être ma maman? »(…si tu venais pas de me faire un petit vomito sur le dessin qui m’est destiné, j’y aurais réfléchi, oui), « t’es plus belle à la télé ». (et toi tu t’es vu, t’as même pas toutes tes dents..nan mais y a plus de respect…), « tu connais Christophe Maé? » (Euh, non, et j’y tiens pas particulièrement), « tiens un dessin, c’est pas pour toi, c’est pour Joe Dassin, on a appris une chanson de lui, tu peux lui donner? »( je laisse aux parents le soin de lui annoncer la mauvaise nouvelle…). Une réponse qui revenait souvent, était « non, je suis pas Chimène Badi…j’ai juste raté mon brushing… »
Certains ne le savent peut-être pas (d’où l’intérêt évident de rédiger mes mémoires au plus tôt), mais j’étais institutrice avant d’être la TCR (abréviation communément utilisée pour Talentueuse Chanteuse Rose). Je galérais tellement avec les mômes, que j’en ai même chialé plus d’une fois sous mon bureau. (-ça va maîtresse?- oui oui, je refais mes lacets. -Mais vous avez des bottes! -Euh, Ta gueule.) .
Et là je me suis dit, rapport à mon franc succès dans cette école, que tous les instit’ devraient d’abord passer par la case TCR (enfin, TC avec n’importe quel autre nom moins joli que Rose). Parce que moi, je n’avais jamais suscité une telle attention lors de mon court séjour dans l’éducation nationale!
Bref, je crois que les enfants ont apprécié notre passage, et qu’ils vont s’investir dans cette mission que nous leur avons confiée.
Me voilà sur le chemin retour vers Paris, en 1ère (ben ouais, je suis la TCR, merde), dans un wagon vide, et ça fait un peu mal au coeur d’avoir personne avec qui partager des regards discrets qui voudraient dire « on est pas bien, quand même en première, hein? Ca vaut pas le coup de rajouter 50 euros, hein? ».
Le partage, j’vous dis, On est rien sans le partage…





